RD Congo – Rwanda : Intenses échanges de compétences professionnelles

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Les maçons rwandais qui construisent des maisons à Bukavu sont très prisés. Les Congolais, qui sont enseignants, médecins, couturiers au Rwanda, sont eux aussi appréciés. Ces va-et-vient incessants de travailleurs favorisent les rapprochements entre les habitants des deux pays.

Une équipe de sept maçons élève les murs d’une maison sur l’avenue Lumumba, l’artère principale de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu. Ils travaillent presque en silence. Pour les voisins, un chantier aussi calme ne peut qu’être celui de Rwandais. Tôt le matin, on les voit entrer par les postes frontaliers de Ruzizi I et II, les femmes comme maçonnes et les hommes comme maçons. D’autres, charpentiers en réalité, viennent construire des maisons en planches ou encore creuser des fosses septiques dans les quartiers populaires.

De nombreux Congolais traversent eux aussi la Ruzizi dans l’autre sens pour aller travailler au Rwanda. « Je donne des cours depuis une vingtaine d’années à l’Apdik vers l’aéroport de Kamembe. J’ai souvent traversé avec le vieux docteur Mulumba qui soigne depuis longtemps  à l’hôpital de Gihundwe. De jeunes médecins suivent son exemple et vont prester plus loin à l’intérieur du Rwanda. Je vois maintenant des soudeurs construire des barges au port de Cyangugu », témoigne Marc Kalumira, un enseignant de Bukavu, qui va au Rwanda tous les jours. Le jeune Bezo Mbilizi, lui, y va pour repérer et réparer les pannes des téléphones portables grâce à son ordinateur portable doté d’un logiciel approprié.

Ces échanges de compétences  satisfont tout le monde. Les Bukaviens recourent de plus en plus aux Rwandais pour construire leurs maisons. « Je viens d’embaucher six Rwandais à Muhumba à qui j’ai payé 4 $ par jour alors que les Congolais exigeraient le double », déclare, satisfait, l’ingénieur Mao Kyembwa. « Ils expédient la besogne en deux semaines au lieu de quatre ou cinq pour des Congolais, explique Charles Masu, un autre ingénieur, parce qu’ils sont plus assidus et honnêtes. Ces voisins ne volent pas les matériaux comme certains compatriotes qui subtilisent tôles, sacs de ciment, ou clous. »  De l’autre côté de la frontière, dans son atelier de soudure sur la 4e rue de la cité de Kamembe, Moussa Kwetumbali embauche des ajusteurs Congolais, qui construisent des bateaux qui devront naviguer sur le lac Kivu. Il retrouve des ajusteurs qu’il a connus lorsqu’il était réfugié à Bukavu dans les années 1995.

Chacun  trouve son compte dans ces échanges quotidiens. Marc Kalumira, enseignant congolais apprécie la régularité de la rémunération qui est du reste consistante en lieu et place des salaires insuffisants difficilement acquis (« sida ») qu’on propose à ses homologues œuvrant au pays. « Nous sommes bien payés en dollars et le patron respecte la convention », laisse entendre pour sa part, Dieudonné Habyambere, un jeune aide-maçon rwandais couvert de ciment venu de Kamembe rencontré dans un chantier à Nyawera. Selon Emmanuel Nsengiyumva de Mutongo, la vie est moins chère au Rwanda où avec 5 $ on peut payer 2 kg de viande de bœuf contre un seul au Congo.

Ces échanges rapprochent aussi les peuples des deux rives de la Ruzizi. « Je suis associé à des Rwandais et nous travaillons ensemble pour gagner la vie. Je suis leur commissionnaire dans la recherche des chantiers et nous travaillons ensemble », insiste Georges Masanga, un maçon de Chimpunda, dans les hauteurs ouest de Bukavu.

Quelques milliers de travailleurs transfrontaliers traversent ainsi journellement la frontière dans les deux sens. Selon un responsable de la Direction générale de migration (DGM), le trafic frontalier est libre entre deux villes ou territoires voisins de la CEPGL. « C’est dans ce cadre, explique-t-il, que bon nombre de Congolais vont enseigner, soigner, confectionner, souder ou réparer des appareils électroménagers et électroniques de l’autre côté». « Le Rwanda encourage ses ressortissants à venir travailler au Congo au lieu de tourner les pouces en jouant aux cartes ou à discutailler à longueur de journées », ironise Kalumira.

Franklin BOMBWE

 

 

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