Raphaël Kitiaka Momina: “Sans sécurité, il est impossible d’organiser des élections en RD Congo”

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Raphaël Kitiaka Momina est un Congolais de la diaspora résidant en Afrique du Sud où il est Directeur au département de l’Economie du pays de Nelson Mandela. Chargé de programmes de la structure “Diaspora congolaise pour le développement”, il a pris part au dialogue de la cité de l’Union Africaine conduite par EdemKodjo. Il nous livre ici ses impressions, sa façon de voir les choses sur l’actualité récente de la RD Congo.

 Africa Info: Vous avez pris part à la rencontre de la cité de l’UA. Pourrons-nous recueillir vos premières impressionssur ce qui se passe au centre interdiocésain?

 Raphaël Kitiaka Momina: D’abord mon immense joie d’avoir vu les politiques congolais parvenir à un compromis. Ensuite, saluer  le rôle moteur joué par la diaspora qui soutient les efforts de la CENCO visant à rapprocher les différentes tendances politiques pour qu’elles parlent d’une seule voix et dégagent ainsi un accord acceptable pour le bien-être de la population congolaise. Nous regrettons cependant le fait que les politiciens font que les choses tirent en longueur. Pour preuve, si nos amis du Rassemblement avaient rejoint le dialogue de la cité de l’Union Africaine, nous serions, en ce moment,  bien loin. On aurait déjà choisi un Premier Ministre accepté par tous et qui serait déjà sur la brèche. L’inclusivité tant recherchée serait une réalité. Ce qui nous aurait évité du temps perdu et des morts inutiles.

A.I: L’aspect inclusivité continue à vicier les échanges. Avez-vous une réflexion à formuler?

 Raphael Kitiaka Momina: Oui, dans la mesure où nous de la diaspora n’étions pas invités. Mais cela n’a pas été une raison pour que nous récusions l’accord. Pour moi, le caractère inclusif ne doit pas êtreapprécié en terme de signataires mais en termes de composantes. Ainsi, si la diaspora a été représentée par la société civile selon la CENCO, ce que nous avons accepté. Les politiciens devaient donc accepter qu’ils ont été représentés à la cité de l’Union Africaine par Vital Kamerhe.

A.I: Vous avez pris part au dialogue de la cité de l’Union Africaine comme membre de la diaspora. Pouvons-nous savoir pourquoi vous-avez choisi de quitter le pays?

Raphaël Kitiaka Momina:Je voudrais d’abord dire qu’on est mieux que chez soi. Si nous avons choisi de vivre à l’étranger c’est parce que nous nous sommes sentis menacés et en insécurité dans notre pays. Dans ce vocable insécurité il y a l’insécurité économique, l’insécurité politique, physique. En clair, améliorer la situation de tous les Congolais constitue aujourd’hui notre cheval de bataille. La sécurité est aussi un volet important dans  l’organisation des élections de décembre prochain comme stipule l’accord politique. On ne pourrait organiser des élections si une guerre surgissait dans l’entre-temps. Dernièrement, des kits d’enrôlement ont été emportés par un groupe armé. D’où la question de savoir si des mesures sécuritaires ont été prises  pour assurer la tenue des élections, parce que si rien n’est fait, les élections souhaitées par tous ne pourront pas se tenir.

A.I: Selon vous, quel est le travail du Gouvernement qui sera mis en place?

Raphaël Kitiaka Momina:Le travail du Gouvernement qui sera mis en place est immense et le temps risque de faire défaut. Or les politiciens n’en ont cure et se bousculent pour arracher des postes ministériels.S’ils ne font pas attention, ils risquent à leur tour d’avoir le sang des Congolais sur les mains demain. L’histoire étant un éternel recommencement. En 2006, Jean-Pierre Bemba avait promis la mort aux manifestants de l’UDPS qui sortiraient dans les rues pour protester, le risque est grand de voir le Premier Ministre choisi par le Rassemblement le faire s’il n’organise pas les élections dans le délai.

A.I: Que doivent donc faire les politiciens? Et quel rôle devra jouer la diaspora?

Raphaël Kitiaka Momina:Les politiciens doivent vraiment être à l’écoute de la rue, du peuple. La RD Congo a besoin de la part de ces politiciens de vrais projets de société. Car 94% de la population est sans emploi (site web 5 chantiers).

Dans cette quête du Graal, la diaspora doit être perçue comme une composante stratégique. Cas d’Israël qui doit son développement à la diaspora. Au Sénégal, depuis le 02 janvier 2017, la loi électorale sénégalaise octroie 15 sièges à la diaspora soit 10% de sièges. Pourquoi la RD Congo n’innoverait pas sur certains aspects de la vie nationale?

A.I:Qu’est-ce qui doit être fait en direction de la diaspora selon vous?

 Raphaël Kitiaka Momina: Je crois dans un premier temps harmoniser les rapports entre les Congolais de l’étranger et les agents commis à la sécurité aux postes frontaliers (DGM) et ceux de l’Agence nationale du renseignement (ANR) pour que cessent les intimidations contre ces compatriotes qui sont contre certaines pratiques qui ne font pas avancer le pays. Dénoncer ces pratiques est-il un crime?Le Congo est un bien commun, notre patrimoine à tous. Nous Congolais vivant à l’étranger avons donc le droit d’émettre des critiques sur la gestion de nos autorités quand elle laisse à désirer.

 Propos recueillis par Franco Mayiza

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