Evoloko Lay Lay : ‘‘Je n’ai plus envie de faire la musique depuis la disparition de Wemba’’

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Evoloko Jocker va-t-il vers la fin de sa carrière ? La question vaut son pesant d’or. Car depuis la mort de Papa Wemba, ce grand chanteur est non seulement devenu de moins en moins visible dans les médias congolais. Bien plus, il n’a plus le cœur à l’ouvrage. Pour d’aucuns, l’enfant terrible du clan Zaiko développe une attitude qui présage l’abandon de l’art d’Orphée.

Cette observation n’a pas laissé indifférente la rédaction du magazine Africa Info qui est allée à la rencontre du Vieux Sherrif de Dallas, dans son fief sur l’avenue Wafanya à Yolo. L’entretien n’a pas été facile avec cet artiste enflé d’orgueil et capricieux à souhait. Difficilement, on a pu lui tirer le ver du nez à travers cet entretien à bâtons rompus.

 N’est-ce pas qu’Evoloko a disparu de la scène musicale parce qu’il n’a pas pu résister  à la vague nouvelle génération des jeunes leaders qui montent en puissance ?

Toujours égal à lui-même, réagissant à la question posée, l’auteur de la chanson «Fièvre Mondo» n’est pas allé par le dos de la cuillère. Pour lui, il est et reste le meilleur musicien du Clan Zaiko mais aussi l’inégalable chanteur que la musique congolaise n’ait jamais connu depuis la nuit des temps. ‘‘Je ne reconnais qu’un seul chanteur de ma génération, Jules Wembadio. Artistiquement, Wemba était un adversaire de taille avec qui je pouvais me mesurer. Sa disparition m’a découragé. Je n’ai plus d’adversaire. J’ai l’impression que la mort de Wemba a ôté en moi l’envie de faire la musique’’, a déclaré Lay Lay.

Evidemment, la musique congolaise doit beaucoup à Evoloko Jocker et certains musiciens de la RDC dont Nyoka Longo, Koffi, JB Mpiana, Werrason, Benz Bozi Boziana, reconnaissent en lui cette qualité d’étoile brillante de la musique congolaise d’une certaine époque.

A la question de savoir comment il voit l’avenir de la musique congolaise, l’enfant sacré de Wafanya estime que la musique congolaise a perdu de sa saveur depuis la mort de son ami et frère Papa Wemba. Avec sa disparition, il y a une année à Abidjan, c’est toute une époque, c’est aussi une renommée qui s’en est allée en fumée !

Pour Lay Lay,  il n’y a rien de nouveau dans la musique d’aujourd’hui en termes de textes, mélodies et spectacles.  Ce qui est regrettable, poursuit-il, les jeunes nous abreuvent d’insanités qui sapent la valeur de notre musique. Quelques jeunes essayent de se démarquer mais tous font la même chose. Ils n’ont rien apporté de neuf.

Pourquoi alors Evoloko est-il rare à la télévision ?

Il a été constaté que l’emblématique chanteur du Clan Zaiko ne communique plus sur ses activités musicales. Conséquence : il est totalement oublié par les fanatiques ainsi que les observateurs qui, à leur tour, constatent son absence criante de la scène kinoise.

Sur ce volet précis, l’artiste se justifie en ces termes : «je ne peux passer à la télévision que lorsqu’il y a nécessité de faire passer un message à l’endroit  de mes fanatiques ». Oubliant qu’il a un très bel album  intitulé « DEJA DEJA » lancé depuis 2015 sur le marché  qui pouvait  aussi bien faire l’objet d’une promotion médiatique. Pourquoi ne pas en profiter pour marquer son retour sur scène ?

Qu’à cela ne tienne, Evoloko Jocker reste une légende et un artiste au talent pointu dont les œuvres continuent à se défendre et à l’immortaliser, pour toujours, dans l’histoire de la musique congolaise. Né le 20 mai 1954, renseigne-t-on, l’artiste a démarré sa carrière en 1969 au sein du groupe Zaiko Langa Langa.

L’on rappelle que Zaïko a été créé pour faire le contrepoids au groupe Thu Zaïna du quartier Kalina. Au début des années soixante-dix, la première sortie de Zaïko avec Evoloko à l’attaque chant s’est effectuée au bar Hawaï sur l’avenue Bongolo au quartier Yolo dans la commune de Kalamu. C’est dans cet orchestre qu’Evoloko va se révéler comme un véritable leader, un meneur, bien qu’il n’ait pas eu de mandat manifeste.

Clan Zaiko : parcours d’un chanteur hors pair ! 

Très tôt, Evoloko fait valoir ses capacités artistiques et surtout son talent de chanteur ténor, et aussi son charisme exceptionnel de meneur d’hommes en dépit de son caractère difficile.

Cette première cuvée du Clan Zaïko porte la griffe du chanteur. D’ailleurs, de nombreux jeunes musiciens congolais ont fait leurs armes à ses côtés. Avec son style plus disco que BCBG, le chanteur a laissé sa signature et son look à lui !

Figurant parmi les élèves du style ‘‘Fiesta’’, il avait fait parler de lui vers les années 70-80 par son accoutrement et sa chorégraphie musicale particulière. Avec sa voix aiguë,  Evoloko est l’un des musiciens congolais qui a gardé son style de chant dans tous ses albums. Il est l’auteur-compositeur d’un riche répertoire des tubes légendaires tels que « Mbeya Mbeya», « Eluzam », « Fièvre Mondo »« Requiem », « Onassis ya Zaïre », « Charlotte adieu na Athénée », « Francine Keller », etc. qui ont fait danser moult mélomanes.

Il a été l’initiateur d’Isifi Lokole avec Mavuela, Papa Wemba, Bozi Boziana avant de revenir dans Zaïko.

En 1981, un groupe de chanteurs quitte Viva la Musica de Papa Wemba, s’allie avec une frange de musiciens qui s’est désolidarisée de Nyoka Longo. Et c’est dans ce deuxième groupe qu’on retrouve Evoloko. C’est la naissance de Langa Langa Stars. Il est quasiment le patron de ce nouvel orchestre qui aura pignon sur rue à Kinshasa.

L’on n’occultera pas l’album « Mbongé Mbongé » qui l’a révélé sur la scène internationale. Evoloko est l’un des rares musiciens à écrire seul ses chansons. Mais Langa Langa Stars, composé de chanteurs charismatiques, ne fera pas long feu. Il va se vider petit à petit de ses musiciens. Certains entament une carrière solo comme le regretté Djenga Ka Espérant Kisangani. Bozi Boziana intègre Choc Stars de Ben Nyamabo. Djanana regagne Viva la Musica alors que Feu Dindo Yogo va intègrer Zaïko Nkolo Mboka. Lay reste seul maître à bord et recrute de jeunes talents comme Mazeya Leya, Coco Anana Sukali, Dickie Roi, etc. Le groupe s’impose sur la place musicale à Kinshasa pendant un moment.

Mais à l’orée des années 90, le Vieux Shérif s’envole pour l’Europe. De retour au pays après tant d’années, le chanteur n’a pas perdu sa belle et envoûtante voix malgré son bref séjour à la prison de Makala pour une affaire de viol.

Au-delà de toutes les contraintes musicales que connait sa carrière, Abraham Evoloko n’a pas encore dit son dernier mot. La disparition de Papa Wemba va-t-elle mettre un point final à sa longue et fructueuse carrière ? L’avenir seul nous le dira.

Jordache Diala

 

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