*Dr. Mukwege:  » La pandémie de COVID-19 ne doit pas nous faire oublier les massacres endémiques en République Démocratique Du Congo »*

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« La crise de COVID-19 ne doit pas nous faire oublier les atrocités qui se poursuivent à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), dans l’indifférence. Nous ne devons pas oublier l’instabilité et la crise sécuritaire qui s’aggravent dans de nombreuses régions de l’Est du pays », à dénoncé le célèbre chirurgien congolais Denis Mukwege.

Il insiste sur le fait que « les massacres sur les populations civiles, déjà traumatisées par plus de 20 ans de cycles de violences et de conflits, se poursuivent comme de simples faits divers, et passent encore davantage sous silence dans le contexte de la crise sanitaire que nous traversons ».

 » Nous condamnons fermement les tueries et les actes de violence extrême commis ces derniers mois dans la Province de l’Ituri, notamment dans les Territoires de Djugu et de Mahagi », a-t-il stigmatisé..

C’est à juste titre que la Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme, Michèle Bachelet, avait déclaré, lors d’une visite officielle en Ituri au mois de janvier 2020, que « ce type d’actes pouvait constituer des crimes contre l’humanité » et que « cette tragédie a trop duré et doit cesser ».

Pourtant, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés rapportait le 8 mai 2020, qu’au moins 274 civils ont été tués et plus de 200000 personnes ont été forcées de fuir leur foyer durant ces trois derniers mois dans la province de l’Ituri.

Les massacres et les pillages se succèdent depuis janvier 2020. Entretemps, la population fait face à une vague de violences particulièrement odieuses et brutales.

Chaque jour, des civils innocents sont décapités, des femmes sont violées, des villages sont incendiés, entrainant des déplacements massifs de la population de cette province qui a déjà trop souffert de la guerre.

Dans la nuit de samedi 16 à dimanche 17 mai 2020, au moins 20/ personnes ont encore été massacrées à la machette à Djisa, en chefferie de Bahama Nord, dans le territoire de Djugu.

Parmi les victimes, on compte des enfants, des femmes et des personnes âgées.

Ces tueries, largement attribuées à la milice CODECO, risquent de provoquer la formation de nouvelles milices d’autodéfense et d’attiser encore les violences intercommunautaires, si les forces de sécurité nationales et de la MONUSCO ne parviennent pas à stabiliser la situation.

Au Nord-Kivu, des milices poursuivent également leurs exactions dans l’impunité.

Les ADF ont encore massacré 7 personnes, dimanche 17 mai 2020, à Kokola, à proximité de Beni, où près de 1500 morts sont imputés à ce groupe armé depuis 2014.

Au Sud-Kivu, les armées rwandaise et burundaise se battent par groupes armés interposés dans les Hauts-Plateaux de Minembwe, détruisant tout sur leur passage.

Et dans le Tanganyika, les Zambiens qui, jusque-là, avaient entretenu des relations de bon voisinage avec la RD Congo, à l’instar de nos voisins de l’Est, ont récemment envahi le territoire congolais avec des conséquences incalculables pour la population.

Il faut mettre fin à la violence. L’instabilité et les massacres à répétition ne peuvent rester sans réponses.

Face à la COVID-19, le gouvernement a montré qu’il peut faire preuve de volonté politique, et prendre les mesures de prévention qui s’imposent et, ainsi. sauver des vies.

« Il y a urgence pour nos autorités à démontrer également une réelle volonté politique pour mettre fin à l’insécurité à l’Est de la RDC, et prendre les mesures nécessaires pour prévenir le non répétition des violences à grande échelle que notre population subit depuis plus de 20 ans », appelle le docteur Denis Mukwege.

Et, il insiste :

« Les solutions existent. Elles ont été listées dans les recommandations du Rapport Mapping du Haut-Commissariat des Nations Unies publié il y a 10 ans : établissement d’un tribunal international pénal pour la RDC et/ou de chambres spécialisées mixtes, mécanismes d’établissement de la vérité, programmes de réparation, et réforme profonde des secteurs de la sécurité et de la justice. Le temps est venu de déterrer le Rapport Mapping ».

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