Pas d’élections à Beni, Butembo et Yumbi? : La RDC entre le marteau et l’enclume

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Par Richie Lontulungu, Analyste Sociopolitique

En République Démocratique du Congo, un nouveau développement vient de s’ajouter dans les préparatifs pour la tenue des élections générales dans la pays.

Dans une résolution prise en plénière le 26 décembre 2018, la Commission Électorale vient de reprogrammer la date de tenue des élections générales dans 3 zones du pays: à savoir les villes de Beni et de Butembo dans le Nord-Kivu à l’Est du pays et à Yumbi dans le Kwango à l’ouest évoquant le virus Ebola d’une part et l’insécurité d’autre part.

Si personne n’avait jusque-là vu cela venir, ce récent développement vient d’enfoncer davantage les esprits dans un puzzle concernant le parachevement du processus électoral en cours. Le Communiqué, rendu publique le mercredi dernier, veut installer un Président définitif avant la tenue proprement dite du scrutin dans ces 3 zones, regroupant un peu plus d’un million d’électeurs.
Si le résultat du vote, dans ces trois zones, pourrait ne pas jouer un rôle significatif dans la détermination du vainqueur de l’élection Présidentielle, le cas spécifique où l’écart de voix serait trop importante entre le Président élu et son challenger direct, ce qui est pourtant difficile à déterminer à ce stade, le vote dans ces zones a du moins une valeur symbolique et historique importante.
Ceci aurait pour effet immédiat un soulagement des esprits, après avoir attendu longtemps la tenue des élections.
Bon nombre d’observateurs tentent d’associer le report des élections dans les trois zones et l’installation d’ un Président avant la tenue des élections dans ces zones à une ambiguïté entretenue. Un effet qui paraît considérable serait de voir des acteurs politiques de toutes les tendances et la société civile faire barrage à ce Communiqué en exigeant la tenue des élections avec ces quatre zones incluses avec la création des mouvements comme RIEN SANS BENI et consorts.

Si un tel courant réussissait à se faire du chemin dans l’opinion à quatre jours des élections dans le reste du pays, ce mouvement pourrait générer une décision subite de report global des élections prévues ce 30 décembre afin de les tenir plus tard conjointement avec les trois zones restantes. Un tel courant pourrait se faire avec pour unique soubassement la solidarité nationale à travers le refus unanime des parties prenantes d’obtempérer à la logique du communiqué rendu publique mercredi dernier.

La CENI est officiellement assise sur trois différentes composantes: La Majorité, l’Opposition et la Société Civile.
Une telle pression pourrait amener certains Membres de la Plénière à se désolidariser du Communiqué, et donc des résolutions de la plénière pour communier avec leurs composantes respectives;
même si cela paraît le moins évident à ce stade, mais aussi qu’une telle attitude de la part de certains Membres de la Plénière aurait pour effet de précipiter la déstabilisation du bureau de la Commission Électorale, et donc de compliquer davantage la sortie du puzzle électoral dans lequel le pays se trouve depuis 2016.
Dans pareille situation, tout le monde aurait adhéré consciemment ou encore inconsciemment à la logique du report des élections.
La suite pourrait alors s’avérer très compliquée et pourrait ouvrir la porte aux adeptes d’une éventuelle transition.

Dans une déclaration, Madame Eve Bazaiba, Secrétaire Générale du MLC et aussi Porte-Parole du Candidat Martin Fayulu de la Coalition LAMUKA, a déclaré que l’objectif poursuivi par le Communiqué ne passera pas, accusant le pouvoir de chercher à exclure des élections des bastions acquises à l’opposition. Cette position de LAMUKA, si pas scrutée avec la loupe politique, pourrait conduire à l’hypothèse développée ci-haut : un report global au nom de la solidarité républicaine.
Du côté de l’UDPS, la ligne n’a pas changé. Dans une déclaration faite cet après-midi, le Parti témoigne de sa sympathie avec les électeurs de ces trois zones.
Cette position du Parti de Félix Tshisekedi se justifie par le fait que ce Parti a toujours soupçonné la CENI et le Pouvoir d’amener les Opposants dans un traquenard pour des élections qui ne devraient pas se tenir pour de vrai mais dont on tenterait de jeter la responsabilité historique de l’échec à l’Opposition. Ce récent développement dans le processus électoral congolais, à quatre jours du scrutin, vient d’apporter des tableaux encore non explorés dans cette situation.

Une résolution qui pourrait sembler réfléchie dans ce puzzle, serait de reporter en retour l’installation du Président élu jusqu’à la tenue des élections dans ces trois zones et de soustraire la phrase: «résultat définitif» du Communiqué rendu publique cet avant-midi. Cela voudrait dire que l’élection serait maintenue pour ce 30 décembre afin d’ accoucher des résultats partiels.
Si on optait pour une telle décision, cela aurait pour effet de retarder de quelques semaines la prestation de serment du futur Président élu et de surcroît le maintien du Président Kabila au pouvoir de quelques semaines supplémentaires jusqu’à la conclusion effective du vote et la publication d’un gagnant définitif après le vote dans les trois zones.
Cette option, qui vraisemblablement serait la voie du milieu dans ce puzzle, pourrait aider à éviter la situation suivante encore peu probable mais qui pourrait être irréversible si elle se produisait: celle d’avoir un résultat très serré entre les deux premiers challengers.
Ce qui amènerait ce vote additionnel à jouer un rôle dans la décision finale. Au cas où on installait un Président définitif (comme le commande le Communiqué) élu avec une marge de voix susceptible de changer en cas de vote dans les trois zones, cela pourrait déranger davantage la situation de paix dans le pays et entraîner à des violences et la non acceptation de ce nouveau Président élu.

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