André Tetu : le parcours mirobolant  d’un maître à penser 

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A la fois très méditatif et humble,  André TETU est un gourou et un maître à penser.
Moins bavard mais beaucoup plus dynamique, charismatique et sage, cet homme d’affaires congolais est  très réputé dans le monde de la musique au niveau international pour son esprit managérial moderne.
Alors, d’où vient-il ? Quel est son niveau d’études ?  Comment est-il devenu producteur discographique ?  Au cours d’un entretien accordé au site Afrique Infos Magazine, celui qu’on appelle Président André  a  fixé  l’opinion ainsi que toute la communauté congolaise de la  diaspora sur son parcours jusqu’à la création de son label « Air Monde Culture » basé à Toulouse, en France.
A cœur ouvert, ce grand manager expérimenté  et opérateur culturel a brisé également son silence, surtout par rapport  à certains sujets qui se racontent sur sa personne.
Découvrons-le.
Afrique Infos Magazine : Pouvez-vous raconter aux lecteurs votre personne ?

André TETU :Il est mieux que quelqu’un d’autre parle de vous, que de parler de soi-même. Je peux dire que je suis Congolais, Kinois et natif de la commune de  Bandalungwa. Je fais partie de la génération qui était venue en France à l’époque comme boursier du Marché commun. (Grâce à la coopération), un privilège que le ministère de l’Education nationale  accordait à l’époque aux élèves qui obtenaient le Bac avec  distinction. Une fois arrivé en France, mon choix était la province : la ville de Toulouse, car je savais qu’il y avait de très bonnes universités et calmes.

AIM : Que peut-on retenir de votre cursus universitaire ?

AT : Je suis détenteur d’un diplôme de master 1 en administration économique et sociale à l’université Toulouse 1 Capitole. C’est une formation pluridisciplinaire combinant principalement des connaissances en droit, en économie, en gestion, en sciences humaine et sociale. Il y a de cela une trentaine d’années déjà. Immédiatement après ce diplôme, j’avais intégré une société en France qui était un des leaders en importation des agrumes. Cette expérience m’a donné l’idée de créer ma propre entreprise.  J’étais dans le domaine alimentaire et j’avais à peine 23 ans. J’exportais de la viande porcine, bovine, particulièrement les avants désossés. C’était vers les années 1985- 86… Mon carnet d’adresses était devenu tellement large que j’ai préféré descendre à Kinshasa pour y investir.  Avec mes partenaires sur place, nous avions développé d’autres activités dans d’autres domaines, relativement aux besoins du marché de l’époque.

AIM : Pourquoi avez-vous décidé de quitter votre pays en 1997 à l’entrée de l’AFDL alors que vous n’étiez ni politicien, ni proche du Maréchal Mobutu

AT : J’ai quitté Kinshasa pour regagner la France après avoir été victime à deux reprises de cambriolage.  Je peux vous dire, en une phrase, que c’était le découragement de l’investisseur que j’étais. Pour être un peu plus clair : je dirai que c’était tout un roman noir. Vers 1996, j’ai  été attaqué par ceux qu’on appelle les faux militaires bien armés.  Ils se sont introduits dans ma résidence  vers 2h00 du matin. Ils avaient enjambé le mur et cloué  trois sentinelles au sol. Ils se sont mis à tirer pour défoncer les antivols. Ils tiraient sur les murs, sur les véhicules, etc. C’est par un miracle que ces malfaiteurs  n’ont pas pu pénétrer à l’intérieur de la maison où nous y étions cloîtrés. Imaginez le calme qui règne dans un quartier comme Ma Campagne dans la nuit profonde, et vous pouvez imaginer  le bruit assourdissant de la détonation de ces tirs. Un de mes voisins était un colonel  très influent de la DSP (Division spéciale présidentielle). C’est lui qui  était venu à mon secours car il avait compris que les détonations provenaient de ma résidence. Alors que les bandits étaient encore dans la parcelle, le colonel est arrivé avec une dizaine de ses gardes, tous commandos de la DSP. Devant le portail, ils se sont mis à tirer des rafales non seulement pour marquer leur présence, mais aussi pour déloger les bandits qui répliquaient avec acharnement pour ne pas se faire prendre.

AIM : Était ce un règlement de comptes ?

AT : Moi et ma famille à l’intérieure  de  la maison terrorisés, fortement étourdis, on vivait cette scène de guerre digne d’un long film d’horreur, qui a duré de 2h00 à 3h00 du matin sans comprendre. Ces bandits ont pu s’échapper par derrière. Le matin, le colonel sécurisa la maison et demanda le renfort de ses collègues de la D.S.P pour investiguer  dans le quartier. Ils avaient compris qu’il y avait un complice dans le quartier. Bref, cette situation a fait qu’on m’avait donné  au final trois commandos de la DSP pour ma protection. Pour certains  à Kinshasa, j’étais de la Mouvance  présidentielle (donc  « mouvancier » : un terme réservé aux Mobutistes de l’époque), alors que je n’étais qu’un opérateur  économique et culturel.

AIM : De quoi vous reprochait-on concrètement ?

AT : En 1997, cette fois-ci quelques jours après le changement de pouvoir, une dizaine d’hommes font intrusion chez moi la nuit, cagoulés et bien armés. Ils ont pu pénétrer dans la maison et se sont mis à piller. Je vous épargne les détails. Mais, par un miracle de Dieu, un des malfaiteurs qui était dehors  en train de faire le guet s’est mis à tirer en rafales en l’air, satisfait de voir sortir tous ces biens. Croyant bien faire. Du coup, tous ceux qui étaient à l’intérieur de la maison sont sortis, surpris par cette  maladresse de leur collègue, et ils sont tous partis en courant. C’était vers 4h00 du matin. A 9h00, je me suis rendu dans une agence de voyages et, dans la même, journée j’ai regagné la France. Pourtant, j’avais tenu jusque-là à préserver mes travailleurs  afin de traverser cette turbulence du changement. Mais, hélas ! Une vie, c’est une vie. Depuis, je reviens régulièrement au Congo en qualité d’opérateur culturel, et j’ai toujours de charmants collaborateurs avec tout le réseau culturel.

AIM : L’histoire renseigne que vous avez également vécu en Afrique de l’Ouest. Comment justifiez-vous votre passage  à Abidjan ?

AT : Oui ! Vers 2001, je suis allé investir à Abidjan. J’ai commencé par des Cyber, puis j’ai monté une jolie Auberge  qui fonctionnait merveilleusement bien. Mais, 4 ans après, la Côte d’ivoire que je prenais comme la Suisse d’Afrique connaît  sa première guerre : l’époque du président Gbagbo.
Abidjan est en  feu et à sang avec le nord (Bouaké).  J’arrête  tout et  je regagne la France. J’intègre une grande société paramédicale et j’installe en même temps le siège d’Air Monde Culture Production à Toulouse, dans laquelle je suis président, avec des administrateurs très actifs et un administrateur secrétaire général  très dynamique en la personne de Jim Mukiandi. Je suis donc très souvent chargé, mais c’est avec une passion que je traverse cette vie et je suis très souvent en déplacement.

AIM : Quelles sont vos traces à Kinshasa aujourd’hui ?

AT : Il convient de savoir d’abord que j’aime beaucoup  mon pays : le Congo. Outre, le fait d’être un opérateur économique et culturel, j’étais également un des administrateurs de la Fédération des Entreprises du Zaïre à l’époque. A ce titre, j’ai eu à entreprendre des efforts et, grâce à certaines de mes initiatives, j’ai pu faire flotter le drapeau  Zaïrois dans certaines villes d’Europe, au travers des salons internationaux, où certains de nos opérateurs économiques devaient signer des contrats avec  de grands hommes d’affaires européens et, par conséquent, faire descendre ceux-ci au pays pour y investir. Pour couronner le résultat de mes efforts, notre pays m’a décerné, sur ordonnance présidentielle, la médaille de chevalier de l’Ordre national du Léopard.  J’étais un des plus jeunes opérateurs à avoir eu ce mérite. Concernant les avoirs, vous comprendrez bien qu’après un parcours comme le mien et, quels que soient les avoirs, je vous dirai que tout est vanité. La vie vaut plus que tout l’or du monde.

AIM : Comment vous êtes-vous retrouvé dans le  showbiz musical ?

AT : Mon père était surnommé ‘‘Swing’’ par les Belges, tellement qu’il aimait la musique. Il était un cadre dans une société belge.  Pendant son temps libre, il encadrait certains jeunes musiciens à Bandal qui  venaient répéter chez nous. Là, nous sommes dans les années 65 à 70. Voilà d’où part ma passion pour la musique. Il faut noter aussi qu’en plus des activités principales que j’avais à Kinshasa, et dans le cadre de la diversification de mes activités, j’avais créé une cellule qui avait, comme vocation, la création et la réalisation des spots publicitaires, des réalisations de clips événementiels, la production des spectacles etc.  C’est ainsi que j’avais connu beaucoup d’artistes, y compris Madilu System qui était devenu pratiquement un frère, un ami.

AIM : Pouvez-vous nous expliquer les raisons de votre attachement au chanteur Madilu, de son vivant ?

AT : Madilu System avait connu différents producteurs discographiques : Ndiaye, JPS, Syllart….  Je n’avais jamais produit un CD avec Madilu. Mais, j’étais plutôt un de ses producteurs de spectacles et manager. J’ai produit de très beaux concerts pour lui, au Grand Hôtel de Kinshasa, en France, une tournée africaine avec d’autres partenaires. Bien qu’il fut une grande star, il était humble et très familier. Je comptais beaucoup pour lui. Bien évidement et comme d’habitude, j’étais un homme de l’ombre. Il était très souvent à mon écoute et il appliquait régulièrement les stratégies que je mettais en place.  Que dirai-je : il est parti trop tôt. Dieu seul sait.

AIM : Après Madilu, vous avez  jeté votre dévolu sur la chanteuse FAYA TESS  que vous gérez parfaitement bien en qualité de manager et producteur. Qu’est-ce qui justifie votre  choix sur cette ancienne Diva de l’Afrisa International ?

AT : En 2009, j’ai aidé un ami, ancien chanteur de Bana Ok à donner son premier concert en solo, sans les musiciens de Bana Ok. Pour réussir cette soirée, il me fallait ajouter sur ce plateau une chanteuse charismatique. Tous mes amis de showbiz m’ont recommandé Faya Tess. Moi et mes collaborateurs avions réalisé cette soirée avec succès avec la participation de Faya Tess, bien entendu. Ce qui m’avait surpris chez elle, c’est son humilité, son intelligence,  son charisme  et ses grandes qualités artistiques. Ceci nous a amené à réaliser un  grand concert pour ses 25 ans de carrière. Et, depuis, le contrat  était signé. Ainsi,  j’étais devenu son producteur et son manager. J’ai mis mon expertise à ses services pour mieux la promouvoir, veiller sur sa carrière et lui ouvrir d’autres horizons tellement qu’elle le mérite.  Depuis, elle réalise une croissance remarquable. Elle est gérée comme une entreprise. Bref, c’est une artiste qui est d’une simplicité, très à l’écoute. Elle s’adapte à différentes circonstances facilement. Elle prend  surtout son travail au sérieux comme un soldat. Telles sont les qualités qui la distinguent de beaucoup d’autres chanteuses.  Je connais bien le milieu.

AIM : Que répondez-vous à tous ceux-là qui vous accusent de vous accaparer de FAYA TESS jusqu’à tel point de la séparer de ses anciens collègues de l’Afrisa ?

AT : Il faut savoir lire la progression de Faya Tess et vous remarquerez que mon management  a, au contraire, ouvert largement le champ à la chanteuse. Elle a un mécène de grande envergure qui la soutient  depuis bientôt 5 ans. C’est Maitre Alexis Vincent Gomez : un mécène hors pair !  Sur le plan scénique,  Faya Tess réalise de très gros spectacles avec monsieur  Guy Bertrand qui est un très grand opérateur culturel français, un grand producteur de spectacles et professeur en musicologie. C’est un ami !  C’est grâce à lui que Faya Tess a joué au stade de Lyon devant plus de 20 000 personnes.  Elle a également  presté au théâtre de Fourvière à Lyon devant plus de 10 000 personnes. Son passage en Hongrie et tant d’autres concerts. D’autres projets sont en cours. Elle a la tête sur les épaules. Je tiens peut-être la lanterne mais il y a aussi d’autres batteries lourdes qui font fonctionner Faya Tess. Moi,  je coordonne cette synergie sur le plan marketing, relativement à mon expertise.  Elle travaille avec différents collègues artistes qui ont un esprit positif. Et elle s’éloigne de ceux qui sont négatifs. Ainsi est Faya Tess. C’est une personne qui n’aime pas perdre son temps.

AIM : Vous avez des atouts importants en matière de droit, d’économie et de gestion des ressources humaines. Ne pensez-vous pas avoir une place un jour au Parlement ?

AT : C’est gentil  mais le parlement n’est pas une entreprise. C’est une institution. Personne ne peut prétendre que sa place est d’office dans cette institution quelles que soient ses qualités. Ne peut y être que celui qui a sollicité le peuple et a été choisi par le peuple.  Je sollicite le public autrement, et je le sers au travers des opérations culturelles. J’ai d’autres engagements  aussi passionnants.  Je vous en  remercie.

Propos recueillis par Jordache DIALA
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